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ARRêT N°714 DU 25 NOVEMBRE 2020 (19-21.060) – COUR DE CASSATION – PREMIèRE CHAMBRE CIVILE<BR>-ECLI:FR:CCAS:2020:C100714

(AGENPARL) – FRANCE, mer 25 novembre 2020  

Transports de personnes

Cassation partielle

Demandeur(s) : société SNCF Voyageurs, venant aux droits de l’établissement public à caractère industriel et commercial SNCF Mobilités

Défendeur(s) : M. A… X…


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Toulouse, 27 juin 2019), M. X…, atteint d’un handicap qui l’oblige à se déplacer en fauteuil roulant, a, par acte du 19 septembre 2017, assigné l’établissement public à caractère industriel et commercial SNCF Mobilités, aux droits duquel vient la société SNCF Voyageurs (la SNCF) en réparation du préjudice constitué, lors de voyages en train effectués au cours de l’année 2016, par le fait d’avoir été placé dans l’allée centrale et par l’impossibilité d’accéder aux toilettes et au bar.

Examen des moyens

Sur le moyen du pourvoi incident, pris en sa première branche, qui est préalable

Enoncé du moyen

2. M. X… fait grief à l’arrêt de rejeter sa demande visant à voir juger que la SNCF a manqué à ses obligations légales en matière d’accessibilité de ses équipements de transport aux personnes en situation de handicap, alors « que si, s’agissant de l’entrée en vigueur de certaines des dispositions du règlement n° 1371/2007 du 23 octobre 2007 applicable à compter du 3 décembre 2009, les États membres pouvaient accorder des dérogations aux opérateurs ferroviaires, pour une durée de cinq ans renouvelable deux fois, une seule dérogation avait été mise en place en France, par l’article L. 2151-2 du code des transports, son renouvellement devant être pris par décret ; que ces décrets n’ont, toutefois, pas été adoptés, de sorte qu’à compter du 4 décembre 2014 les dispositions de ce règlement étaient applicables dans leur intégralité ; qu’en refusant de déclarer opposables à la SNCF les articles 22 à 24 du règlement du 23 octobre 2007, la cour d’appel a violé ces dispositions par refus d’application.  »

Réponse de la Cour

Vu les articles 2, paragraphes 4 et 5, et 22 à 24 du règlement CE n° 1371/2007 du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2007 sur les droits et obligations des voyageurs ferroviaires, L. 2151-2 et L. 1112-2-1 à L. 1112-3 du code des transports :

3. Selon l’article 2, paragraphes 4 et 5, de ce règlement, entré en vigueur le 3 décembre 2009, un Etat membre peut déroger à ses dispositions à l’exception des articles 9, 11, 12, 19, 20, paragraphe 1, et 26 en ce qui concerne, d’une part, les services ferroviaires urbains, suburbains et régionaux, d’autre part, les services ferroviaires intérieurs de transport de voyageurs pendant une période ne dépassant pas cinq ans, renouvelable deux fois pour une période maximale de cinq ans à chaque fois.

4. Les articles 22 à 24 de ce règlement mettent à la charge des entreprises ferroviaires et des gestionnaires des gares une obligation d’assistance dans les gares et à bord des trains et définissent les conditions auxquelles est fournie cette assistance.

5. L’article L. 2151-2 du code des transports dispose :

« Les services publics de transport ferroviaire de voyageurs urbains, départementaux ou régionaux réalisés sur le réseau ferroviaire tel que défini à l’article L. 2122-1 sont soumis à l’application des seuls articles 9, 11, 12, 19, 26 ainsi que du I de l’article 20 du règlement précité. Les autres services intérieurs de transport ferroviaire de voyageurs sont soumis à l’application des seuls articles 9, 11, 12, 19, 26 ainsi que du I de l’article 20 du même règlement pour une période de cinq ans. Celle-ci peut être renouvelée, par décret, deux fois par période maximale de cinq ans. A l’issue de cette période, l’ensemble des dispositions du même règlement est applicable à ces services. »

6. En vertu des articles L. 1112-2-1 et L. 1112-2-2 du code des transports, issus de l’ordonnance n° 2014-1090 du 26 septembre 2014, la SNCF dispose d’un délai maximum de neuf ans à compter du 29 août 2016, date de l’approbation du schéma directeur d’accessibilité – agenda d’accessibilité programmée, pour mettre en oeuvre, notamment, les mesures destinées à assurer l’accessibilité du matériel roulant aux personnes handicapées et à mobilité réduite. Enfin, selon l’article L. 1112-3 du même code, si tout matériel roulant acquis lors d’un renouvellement ou à l’occasion de l’extension des réseaux est accessible aux personnes handicapées ou à mobilité réduite, le matériel roulant routier, guidé et ferroviaire en service le 13 février 2015 peut être exploité après cette date.

7. Dès lors que ces dispositions ne visent pas les articles 22 à 24 du règlement précité et qu’aucun décret n’a renouvelé le délai de cinq ans prévu à l’article L. 2151-2 du même code, ces articles du règlement étaient applicables aux services de transport ferroviaire à la date des voyages en cause.

8. Pour écarter l’existence d’un manquement de la SNCF à ses obligations légales en matière d’assistance aux personnes en situation de handicap et rejeter la demande de M. X…, l’arrêt retient que les articles 22 à 24 du règlement ne sont pas opposables à la SNCF.

9. En statuant ainsi, la cour d’appel a violé les textes susvisés.

Et sur le moyen du pourvoi principal, pris en sa première branche

Enoncé du moyen

10. La SNCF fait grief à l’arrêt de la déclarer responsable, lors de l’exécution du contrat de transport, d’une atteinte à la dignité de M. X… et de la condamner à lui verser la somme de 5 000 euros à titre de dommages-intérêts, alors «  que, si le contrat oblige non seulement à ce qui y est exprimé, mais encore à toutes les suites que leur donnent l’équité, l’usage ou la loi, le juge ne peut rattacher une obligation à un contrat à titre accessoire qu’à la condition que cette obligation n’ait pas été déjà édictée par l’usage ou le législateur ; qu’en matière de transport ferroviaire, le législateur a défini, par une loi du 11 février 2005, complétée par une ordonnance du 26 septembre 2015, relative à la mise en accessibilité des établissements recevant du public, des transports publics, des bâtiments d’habitation et de la voirie pour les personnes handicapées, ratifiées par une loi du 5 août 2015, les obligations à la charge des transporteurs ferroviaires en matière d’accessibilité de ses services aux personnes handicapées ; qu’à ce titre, il a notamment prévu la mise en place d’un calendrier précis et matériellement réalisable, ainsi que des plans de financement, sous la forme d’un « schéma directeur d’accessibilité – agenda d’accessibilité programmée », établi en concertation avec les associations de personnes handicapées ; qu’en l’espèce, après avoir considéré que la SNCF avait respecté les obligations imposées par la loi en la matière, la cour d’appel a néanmoins jugé que le transporteur ferroviaire était tenu, à l’égard des voyageurs, d’une « obligation générale de soins et doit leur assurer un transport dans des conditions normales d’hygiène, de sécurité et de confort » ; qu’elle a considéré que M. X… ayant réglé ses billets pour un prix identique aux autres voyageurs, n’avait pas accès à toutes les prestations annexes au contrat de transport, et que l’inconfort généré par l’inaccessibilité des toilettes caractérisait une atteinte à la dignité et un « manquement à l’obligation de la SNCF mobilités d’assurer un transport dans des conditions normales d’hygiène » ; qu’en édictant ainsi une « obligation générale de soins et doit leur assurer un transport dans des conditions normales d’hygiène, de sécurité et de confort », tandis que les modalités d’accessibilité des personnes handicapées aux transports ferroviaires, y compris en matière d’hygiène et de confort, sont encadrées par la loi, la cour d’appel a violé l’article 1135 du code civil, dans sa rédaction antérieure à l’ordonnance du 10 février 2016, devenu l’article 1194 du même code. »

Réponse de la Cour

Recevabilité du moyen

11. La recevabilité du moyen est contestée en défense, en raison de sa nouveauté.

12. Le moyen, né de la décision attaquée, est recevable.

Bien-fondé du moyen

Vu les articles 1135 du code civil, dans sa rédaction antérieure à celle issue de l’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016, L. 1112-2-1 à L. 1112-3 et L. 2151-1 et suivants du code des transports :

13. Les obligations incombant à la SNCF au titre de la mise en conformité du matériel roulant aux normes destinées à en permettre l’accès aux personnes handicapées ou dont la mobilité est réduite, notamment quant à la dimension des couloirs et des toilettes, sont régies par les dispositions du code des transports susvisées.

14. Pour déclarer la SNCF responsable, lors de l’exécution du contrat de transport, d’une atteinte à la dignité de M. X… et la condamner à lui payer la somme de 5 000 euros à titre de dommages-intérêts, l’arrêt retient
que le transporteur ferroviaire est tenu, à l’égard des voyageurs, d’une obligation générale de soins et doit leur assurer un transport dans des conditions normales d’hygiène, de sécurité et de confort, et que l’inconfort généré par l’inaccessibilité des toilettes caractérise une atteinte à la dignité et un manquement à l’obligation du transporteur ferroviaire d’assurer un transport dans des conditions normales d’hygiène.

15. En statuant ainsi, alors qu’elle avait préalablement constaté que la SNCF justifiait avoir mis en place un schéma directeur d’accessibilité des services ferroviaires nationaux (SDNA), élaboré en concertation avec les associations de personnes handicapées et souscrit au schéma des Ad’AP (Agenda d’adaptabilité programmée) en réalisant un schéma intégré pour SNCF Mobilités et pour SNCF Réseau, pour le compte de l’Etat, validé le 29 août 2016, et avait ainsi respecté ses obligations légales quant à la mise aux normes progressive des voitures destinée à assurer l’accessibilité des couloirs et des toilettes dans les trains aux personnes handicapées ou à mobilité réduite, la cour d’appel a violé les textes susvisés.

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs, la Cour :

CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu’il déclare le juge judiciaire incompétent pour prononcer une injonction à l’encontre de SNCF Mobilités et renvoie M. X… à mieux se pourvoir, l’arrêt rendu le 27 juin 2019, entre les parties, par la cour d’appel de Toulouse ;

Remet, sauf sur ce point, l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d’appel de Bordeaux ;



Président : Mme Batut
Rapporteur : M. Chevalier
Avocat général : M. Lavigne
Avocat(s) : SCP Baraduc, Duhamel et Rameix – SCP Delvolvé et Trichet

Fonte/Source: https://www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/premiere_chambre_civile_568/714_25_45977.html

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